Franck Dubosc joue dans "Cinéman" de Yann Moix (demain en salles) et il sera le 10 novembre au Zénith de Montpellier.
Dans Cinéman, vous incarnez quelques-uns des plus grands rôles du cinéma. Était-ce un fantasme de comédien ?
C'est un fantasme d'adulte. Redevenir un cow-boy ou Robin des Bois quand on a passé l'âge de l'enfance, c'est un cadeau. Enfant, si je voulais devenir un cow-boy, je m'enfermais dans ma chambre et je me transformais en John Wayne. C'est impossible à réaliser quand on est adulte. Le cinéma me permet de faire des folies sans avoir l'air d'un fou.
Votre personnage préféré ?Le professeur de mathématiques, le seul qui soit dans la "réalité", parce qu'il est le plus éloigné
de ce que j'ai fait auparavant. L'adulte que je suis s'est amusé à faire le cow-boy mais le comédien s'est amusé à faire le professeur.
Dans Camping et Disco, et sans mépriser vos personnages, vous aviez des rôles de "beauf". L'image vous a-t-elle enfermé ?
Non, c'est facile de s'en séparer. Mais ce sont des personnages que j'aime, simples et un peu naïfs. Des gens ont pu penser que je suis comme ça dans la vie mais le temps fait que l'on montre finalement ce que l'on est vraiment.
Sur scène, vous avez plutôt incarné un macho maladroit...
Le dénominateur commun, c'est la maladresse, avec les femmes surtout. Mais dans le dernier spectacle, c'est du trajet dont je parle : le petit garçon, l'adolescent, enfin le jeune homme qui arrive à Paris pour devenir une vedette de cinéma... J'explique comment je suis devenu ce personnage.
Justement, comment ?
J'incarnais un mythomane prétentieux et séducteur mais je ne voulais pas qu'il gagne. J'en ai fait un looser, puis je l'ai rendu plus accessible au fur et à mesure que mon public s'élargissait. Aujourd'hui, il devient humain et je le rapproche de moi.
Y avait-il beaucoup de vous en lui ?
Plus ou moins. Il y avait une part de nous tous. A mon arrivée à Paris, à 20 ans, j'étais un peu fou-fou et dragueur, et ça ne marchait pas, c'est vrai. Mais j'ai exagéré... Alors que Il était une fois... Franck Dubosc est un spectacle pratiquement autobiographique.
Pourquoi avez-vous eu besoin de tomber le masque à ce moment de votre carrière ?A la mort de mon père en 2002, j'ai déjà eu cette envie. Mais je n'étais sans doute pas prêt à regarder vers le passé. Puisque j'ai subi une rupture à ce moment-là, j'ai créé Romantique. C'était plus facile, ça parlait à tout le monde. Je suis plus mûr aujourd'hui et je connais de mieux en mieux le jeune homme que j'étais.
Votre père vous disait : "Vise la lune, au pire tu toucheras une étoile". Cela vous guide-t-il ?
Il faut toujours une part de rêve qui nous fait avancer, sinon on s'arrête.
Pourtant, votre rêve à 20 ans était de devenir un comédien "classique", pas un humoriste.
Mon rêve a évolué et continue de le faire. Je voulais être une star de cinéma. Puis il y a eu l'humour, le cinéma est revenu par le versant populaire. Les rêves qui se réalisent sont ceux auxquels je n'avais pas pensé. Mon désir aujourd'hui, c'est que ça dure. Et mes rêves sont devenus plus personnels que professionnels.
Notamment parce que vous serez papa à la fin de l'année...
Oui, ça changera certainement beaucoup de choses...
Avez-vous été le looser que vous incarnez souvent ?
Avec le recul, je peux dire que oui. Mais je suivais tellement mon rêve, je vivais tellement dans le futur, que je n'ai pas senti les moments difficiles. Je commence seulement aujourd'hui à vivre au présent. Mon présent ressemble enfin à ce que je pensais de mon futur.
Est-ce la première fois que votre présent vous plaît ?
Depuis un ou deux ans, oui. C'est pour ça que j'ai pu monter ce spectacle : mon présent me plaît, je peux maintenant raconter mon passé.